Mali et militarisation du Sahel PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Ahmedou Ould - Abdallah, President, www.Centre4s.org   
Jeudi, 04 Décembre 2014 16:52

 

Dans le genre de conflits internes, tel celui du Mali, un accord de paix est généralement le résultat d’un processus long et tortueux. La conclusion des accords est un exercice difficile et frustrant avec ses nombreuses dérives, ruptures et reprises des négociations.

 

 


Leur mise en œuvre effective est un autre défi, lui aussi, redoutable. De fait, tout au long de ces négociations, la psychologie importe souvent plus que la logique et pour aboutir un savant dosage de patience, de pédagogie et de fermeté est indispensable. Le soutien des pays de la région, ou pour le moins leur bienveillante neutralité, est indispensable.

Méfiance et suspicions

Pour les observateurs extérieurs, le projet d’Accord présentement à l’ordre du jour des pourparlers d’Alger est un bon produit. Il a de plus le mérite d’avoir été expliqué aux populations les plus concernées. Il est important de poursuivre ces efforts de vulgarisation au niveau des faiseurs d’opinions tant à Bamako que sur le terrain. Le projet d’Accord bénéficie, en outre, du soutien de la communauté internationale

L’obstacle majeur à sa signature et, donc à sa conclusion, réside en grande partie dans la méfiance et les suspicions. Souvent exacerbées par des extrémistes, au nord comme au sud, celles-ci ont une forte prévalence parmi et entre les parties. Naturellement, les difficultés dans l’exécution effective des précédents Accords de paix inter maliens, (Tamanrasset en 1991, Pacte National en 1992, Alger en 2006) renforcent les doutes et scepticismes parmi les concernés. Pire, les bénéficiaires - nationaux, régionaux et internationaux - de la prolongation de la crise, soufflent sur les braises. La paix n’arrange pas leurs affaires ! Enfin, il est imprudent d’ignorer que, de national, le conflit malien est devenu largement régional. Il concerne tout le Sahel et le Maghreb.

Cette dimension régionale de la crise malienne va s’amplifier davantage car liée à celle de l’insécurité telle que vécue au Sahel mais aussi telle que comprise par les partenaires extérieurs notamment les Nations Unies, la France et les Etats Unis.

Plus elle durera et plus la crise malienne sera difficile à résoudre. D’abord parce qu’elle s’auto alimentera davantage par le financement du crime organisé. Ensuite les extrémistes, au sud comme au nord du Mali, exercent un chantage, moral et physique, sur les négociateurs pour retarder ou prévenir tout accord. Enfin, la crise se renforcera par d’autres facteurs d’instabilité régionaux dont en particulier les alliances entre les radicaux qui opèrent dans le nord du Mali et en Libye et aussi avec Boko Haram et ses ramifications inter étatiques.

S’il n’est pas résolu rapidement, le conflit malien ne sera plus alors qu’une crise de plus parmi les nombreuses qui sévissent en Afrique et à travers le monde. Mais, sur le plan international, il constitue une crise de moindre priorité stratégique comparée au Moyen Orient où opère Daech / l’Etat Islamique.

Militarisation du Sahel

Exacerbée par les crises internationales et régionales, la polarisation des relations entre les forces de sécurité et les mouvements radicaux rendra le Sahel encore plus difficile à stabiliser. Plus les forces de sécurité durcissent les actions anti terroristes et plus les extrémistes opèrent des représailles encore plus sanguinaires. Les cas du Nigéria et de Libye sont les exemples les plus spectaculaires de cette polarisation et de la violence. Ils semblent répondre à la question : qui des forces de sécurité et des radicaux traumatisera le plus les populations ?

Dans le Sahel, l’extrémisme violent est inséparable de la sclérose de la gouvernance dont l’un des déficits le plus manifeste est la crédibilité de la gestion économique et de l’organisation des élections. Le manque de transparence en matière économique (spécialement dans le domaine des marchés publics) et la manipulation des votes renforcent le clivage entre dirigeants et populations.

L’une des conséquences de cet antagonisme est la militarisation graduelle de la région. Une militarisation interne à travers l’accroissement continu des budgets nationaux consacrés aux forces de sécurité. Une militarisation externe aussi, certes pas encore au même degré que l’Afghanistan, mais de plus en plus comparable à celles de la Cote d’Ivoire ou du Congo et du Darfour en leurs débuts. Outre les Français, anciens sur place, les militaires américains et britanniques sont présents en Afrique de l’ouest contre Ebola et aussi pour faire face au terrorisme et aux trafics dans la bande sahélienne.

Au Pentagone, il existe déjà une formulation consacrée à cette évolution vers la militarisation rampante, the new normal ou la nouvelle norme. Au Sahel, celle - ci couvre plusieurs aspects : l’entrainement et la formation des soldats, le partenariat avec les pays, la présence de forces spéciales, de drones, de missions de reconnaissance et enfin des partenariats avec les armées nationales des différents pays.

Sortir d’un piège

La militarisation rampante du Sahel est certes encore modeste. Mais c’est une réponse qui, dans certains pays, conforte la légitimité voire la popularité des extrémistes.

Dans le domaine sécuritaire, il importe de différencier le traitement de la réponse apportée aux différents groupes radicaux. Les militaires ont pour mandat ‘’ de traiter ’’ les symptômes d’un conflit et non ses causes profondes. Cependant, ils peuvent renforcer les capacités des troupes locales et aider à limiter les effets de la corruption sur le moral des soldats. Naturellement les forces étrangères ne peuvent s’impliquer sans précaution.

S’agissant de la réponse, la gestion des relations entre le gouvernement et les populations frontalières et les jeunes, doit être plus responsable et plus souple. Ces groupes doivent se sentir parties prenantes de l’effort de construction du pays et donc intégrés dans le projet national. Cette construction doit s’appuyer sur un consensus politique large. Un consensus pour aider à minimiser le clivage terrorisme/ forces de sécurité en faveur des dernières.

Le règlement durable de la crise malienne constituera le test tant attendu pour savoir la direction que prendra le Sahel les années à venir : le renouveau ou le statu quo aggravé.

 

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Basé à Nouakchott, le Centre 4S a une vocation régionale puisqu’il couvre une bande allant de la Mauritanie en passant par la Guinée, au sud, et jusqu’au Tchad et au Soudan, à l’est, après avoir longé l’Atlantique et traversé la savane. Ses centres d’études sont la défense et la sécurité de la bande sahélo saharienne, la violence armée et le terrorisme, les rivalités pour le pétrole, le gaz et l’uranium, les migrations irrégulières dans et hors de l’Afrique, la contrebande de cigarettes, la drogue et les trafics humains, etc., l’environnement et les énergies renouvelables. Sa vocation est d’aider la région et ses partenaires internationaux – publics et privés, aussi bien que ceux de la société civile, les universités, les Forums et autres groupes - à davantage collaborer pour assurer la sécurité et la prospérité de la bande sahélo sahélienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise à jour le Jeudi, 16 Juillet 2015 16:41
 

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