Sahel Sahara: le chaînon manquant. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Ahmedou Ould Abdallah, president centre4s.org   
Jeudi, 30 Juillet 2015 19:25

L’été au Sahel est la saison des pluies qui rend le désert plus hospitalier et où les radicaux et leurs associés se sentent bénis. Concurrents, les nouveaux extrémistes de Daech et les anciens radicaux d'Aqmi ont cependant beaucoup de raisons de se sentir optimistes cet été et même l'hiver prochain. A moins que les deux puissances d’Afrique du Nord, l'Algérie et le Maroc, décident de combiner leurs efforts avec ceux de leurs voisins subsahariens contre l'extrémisme violent.

 

 

 

Un été au Sahel.


En dépit d’importantes interventions militaires, internationales et régionales, les groupes radicaux continuent d'infliger de graves pertes et de semer la terreur à travers le Sahel. Au-delà de la présence désormais familière d’ Aqmi et du Mujao, de nouveaux venus tels Boko Haram et Jound Al Khalifah s’affirment en déclarant leur allégeance à l’Etat Islamique ou Daech. Ils sont entrés avec fracas dans le Sahel. Les récents attentats meurtriers à N'djamena la capitale du Tchad, à Maroua dans l’extrême nord du Cameroun et près de Diffa, dans le sud-est du Niger, démontrent qu’aucun état sahélien, même ceux non encore touchés, n’est à l'abri de nouvelles agressions.


Les partenaires extérieurs qui fournissent des troupes et des renseignements ne devraient pas sous-estimer cette vulnérabilité. En outre, les gouvernements qui ont conclu des '' ententes secrètes '' avec des groupes extrémistes doivent savoir que ces engagements sont, par définition, révocables sans préavis ou consultation préalable.


Dans la région, il se trouve des gouvernements sans présence administrative effective sur de grandes portions de leur territoire national. Comment pourraient-ils alors être en mesure d'empêcher des éléments des groupes radicaux de profiter de cette saison des pluies pour le recrutement, la formation et le réarmement à travers le Sahel? De surcroit, les populations frontalières dans ces régions éloignées ne bénéficient d’aucun avantage significatif en matière d’aide alimentaire, de santé ou de sécurité de la part de leurs gouvernements. Tout permet alors de penser que  des cellules actives, et non dormantes, se trouvent dans la plupart des capitales et des grandes villes du Sahel. Des cellules bien éveillées et prêtes pour une action immédiate. Il en va de même des loups solitaires. Pour un certain nombre de raisons - naïveté politique, lacunes techniques ou compromissions financières, etc. - certains gouvernements n’ont pas de plans d'urgence pour désactiver ces radicaux.


Il ne devrait y avoir aucune surprise si, dans les mois à venir, ces groupes radicaux se manifestent au grand jour mettant alors une intolérable pression à travers les états du Sahel. Aucune surprise non plus si, miné de l’intérieur, l'un de ces états s’effondre bien plus tôt sous l’action des radicaux.


Entre-temps, les grands pays démocratiques qui aident le Sahel font face à un dilemme. Leurs opinions publiques et leurs finances supportent de plus en plus difficilement une longue présence militaire à l'étranger. En outre, leurs sociétés civiles et les médias sont impatients et souhaitent une résolution rapide de ces crises lointaines où leurs troupes nationales sont impliquées. Enfin, en plus de pertes militaires et des coûts financiers, les conflits étrangers ont de plus en plus un impact direct sur la tranquillité des citoyens affectés par les attentats sur le territoire national.


Ces préoccupations sont légitimes dans la mesure où, effectivement, les interventions militaires ne traitent généralement que les symptômes et non les causes profondes des guerres civiles. Parmi ces causes se trouve en premier lieu la corruption. Celle-ci encourage les conflits et, en même temps, les conflits d'encouragent l'expansion de la corruption. Pire, ils ancrent une culture d'impunité dans les  poursuites judiciaires contre ce fléau.


Pour répondre à l’extrême complexité de la crise du Sahel, il importe alors d’apporter une nouvelle contribution qui puisse compléter et renforcer l'assistance internationale existante. L’Afrique du Nord, plus précisément l'Algérie et le Maroc, pourrait et devrait être le fournisseur de cette nouvelle assistance.


Où est le lien?


Si le Sahel est menacé, le Maghreb, à partir duquel cette menace a atteint la région, est lui-même en danger imminent. Et, contrairement aux idées reçues, cette situation date de bien avant l'effondrement du régime libyen en 2011.


Quand ils se retrouvent dans un environnement convivial, les Sahéliens font remonter l'origine de l'insécurité de leurs pays à la situation au Maghreb et en particulier aux suites de la guerre civile d'Algérie des années 1990. Ils blâment également le régime de Kadhafi pour ses interférences erratiques.


Aujourd’hui, face à ce danger imminent, les deux plus grands Etats du Maghreb, l'Algérie et le Maroc, restent réticents à coopérer, ou même à harmoniser leurs politiques de sécurité pour aider leurs voisins du sud. Avec des moyens militaires et des ressources budgétaires relativement importants ainsi qu’une grande proximité culturelle, historique et géographique avec le Sahel, ils ont la capacité d'aider plus efficacement que bien des états  lointains.


Dans son Rapport de 2013, l'Institut International de Recherche sur la Paix de Stockholm (SIPRI), estime le budget militaire Algérien à 10,3 milliards USD, soit l’équivalent de 5% du pays Produit Intérieur Brut (PIB). En outre, le montant des achats militaires de l'Algérie équivaut à 30% de toutes les importations d'armes faites par l'Afrique pour cette même année. Le rapport estime qu'au moins 1,5 à 2 milliards USD de ce budget sont consacrés aux achats d’armements pour équiper les 350.000 militaires du pays. En ce qui concerne le Maroc, le SIPRI estime son budget de défense, pour la même année, à 3,5 milliards de dollars soit 3,5% du PIB du pays. Les importations d’armes du Royaume correspondent à 26% du total des achats de l'Afrique pour l’année 2013. Cela pour un appareil sécuritaire reste, à 350.000, du même niveau que celui de l'Algérie.


Ici, le point à faire est que le budget militaire de chacun de ces deux pays est plusieurs fois plus élevé que l'ensemble combiné des budgets nationaux de défense des pays du Sahel: Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad soit le groupe des G 5. La plupart des états membres du G 5 ont des budgets militaires généralement aléatoires ou essentiellement consacrés aux dépenses de fonctionnement.


Bien que les dirigeants d’Algérie et du Maroc aient le grand mérite d’avoir su maintenir la paix entre leurs deux pays, ils peuvent toutefois faire beaucoup plus pour la région. La réalité est cependant bien plus inquiétante. Au lieu de mutualiser leurs ressources et promouvoir la stabilité, ils agissent très souvent en concurrents ou pour dérailler les politiques l’un de l’autre. Si l'Algérie est confrontée à des menaces et des actions sanglantes de Daech, à travers sa toute nouvelle branche régionale, Jound Al Khalifah, et d’Aqmi, déjà établi de longue date, elle ne semble toutefois pas d'humeur à accepter, même une coopération limitée, avec le frère Marocain.


Une fois de plus, pour faire face à l'extrémisme violent, le Sahel a besoin d'une approche régionale fondée sur une coopération politique et militaire entre l'Algérie et le Maroc.


Offrir une assistance algéro - marocaine conjointe à leurs voisins du sud est la clé de la stabilité du Sahel. Il a fallu à Algér plus d'une décennie, et plus de cent mille morts, pour contenir les militants radicaux et stabiliser le pays lors de la guerre civile de 1990. Combien de temps faudra-t-il à la région pour apporter la stabilité après les attaques récurrentes de Boko Haram, Jound Al Khalifah, Aqmi, le Mujao, Ansar Eddine et le Front de libération du Macina?


Les rébellions dans la région sont récurrentes depuis des années et la plupart des accords de paix ont été réversibles. Ce passé est encore dans de nombreux esprits, y compris ceux des radicaux.


Combien de temps faudra-t-il alors au seuls pays du Sahel pour stopper Daech ou pour contenir l'expansion de Boko Haram, et marginaliser et vaincre les deux groupes? La nouvelle présence agressive des Daech dans, ou à proximité de la région, ainsi que le récent assassinat de militaires dans l'ouest de l'Algérie, appellent à des efforts conjoints des deux principales puissances militaires régionales.


Dans la plupart des palais présidentiels des Etats du Sahel et au sein des cercles politiques, il  a un consensus général : la coopération entre l'Algérie et le Maroc, et non leur concurrence, apporterait les ingrédients les plus efficaces pour la stabilité du Sahara Sahel et au aussi du Maghreb.

 

Mais, qui va porter le message à leurs leaderships et sera-t-il compris?

Mise à jour le Jeudi, 30 Juillet 2015 19:33
 

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