Sahel Sahara : face aux menaces globales. PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Ahmedou Ould - Abdallah, President, www.Centre4s.org   
Samedi, 26 Septembre 2015 17:14

Les dernières crises institutionnelles en Guinée Bissau et au Burkina Faso, ainsi que la poursuite des attentats meurtriers de Boko Haram, rappellent, de nouveau, la prévalence d’une insécurité, profonde et réelle, dans la région. Connectée avec l’insécurité mondiale. Cette insécurité et la stagnation politique sont également des conséquences d’une forme d’arrogance de certains gouvernements. Un comportement qui incite à l’extrémisme violent ! La réponse sécuritaire doit certes se poursuivre et se professionnaliser davantage mais aussi élargir son champ à l’action politique.

 


 

 

Etablir des consensus politiques nationaux

Les institutions internationales sont débordées et souvent sans moyens appropriés ou suffisants pour répondre aux méga crises politiques et humanitaires actuelles. La forte médiatisation de celles du Moyen Orient, dont les conséquences atteignent directement l’Europe, exercent fatalement de sérieux  effets d’imitations sur les populations du Sahel.


Contenir ces effets de contagion doit désormais être la priorité des responsables au pouvoir et de leurs partenaires extérieurs. Enfin de compte, il s’agit aussi  d’une question liée à l’alternance politique au pouvoir. Les crises sont des illustrations de la fragilité croissante du Sahel avec ses systèmes politiques bloqués. On ne le répètera jamais assez, la solution sécuritaire passe par la réponse à une lancinante question: comment aider les présidents à quitter pacifiquement le pouvoir?


En 2005, le Bureau régional des Nations Unies à Dakar avait publié un document d’une cinquantaine de pages et intitulé ‘’ La vie après le Palais Présidentiel ‘’ et en anglais ‘’ Life after State House’’ (http://unowa.unmissions.org). La thèse développée est simple: la vie et les activités d’un leader politique ne s’achèvent pas nécessairement avec la fin de son séjour dans les palais présidentiels, au terme de sa présidence. Les majorités, les oppositions et les partenaires extérieurs peuvent aider et accompagner les présidents à quitter pacifiquement le pouvoir: amnistie générale sur le territoire national (pas à l’extérieur de celui-ci), pension généreuse et un rôle national (Sénateur à vie, Médiateur, etc). Tout cela coutant bien moins cher que la régression des pays ou de guerres civiles.


Les élections présidentielles, prévues les mois prochains au Burkina, en Guinée, en Côte d’Ivoire et Niger, doivent être suivies avec attention. Comment accompagner un président sortant qui aurait perdu ? Cependant, dans la mesure où les sortants risquent tous d’être réélus, quel avenir prévoir alors pour les candidats malheureux de l’opposition? Surtout quand ils pensent, comme bon nombre d’observateurs, que leur défaite est le résultat d’élections qui ne sont pas nécessairement justes ou transparentes. Certes, il ne s’agit pas de créer une sinécure pour les perdants mais de prévenir les dérapages. Les exemples de la Cote d’Ivoire en 2010 et plus récemment du Burundi incitent à aller au-delà des simples condamnations. Des gouvernements d’union nationale peuvent aider.


Réponses sécuritaires et risques globaux


Les réponses sécuritaires aux menaces locales et globales sont indispensables mais atteignent très vite les limites de leur efficacité. Au Sahel, plus qu’ailleurs,  les risques sérieux de déstabilisation sont permanents. L’étendue des espaces non administrés est immense et favorise les activités dangereuses et  illicites. Par ailleurs et, conséquences des failles des systèmes administratifs, les points officiels d’entrées des territoires (ports, aéroports, routes) sont souvent incontrôlés ou incontrôlables et librement utilisés par les radicaux.


Comme si cela ne suffisait pas, les sites sensibles dans et hors des capitales, sont laissés à la protection du hasard ! Pire, c’est dans certaines capitales que des radicaux, parmi les plus recherchés par les polices, viennent passer leurs congés  de  ‘’ repos et récupération’’. Ce n’est pas seulement à Ghat et Oubari, en Libye, que se passent ces vacances, mais plus fréquemment dans des capitales du Sahel.


A travers la région, dans presque chaque état, existent des cibles stratégiques faciles à atteindre par les actions terroristes et surtout difficiles à protéger en permanence par les gouvernements. Elles sont connues : marchés centraux ou de quartiers, systèmes d’alimentation en eau des villes, centrales électriques, aéroports, gares routières, etc. Les attaques répétées de Boko Haram le démontrent presque quotidiennement. Cependant le plus grand risque demeure l’arrogance, à moins que ce ne soit une forme d’ignorance, de certains régimes qui minimisent les défis jusqu’au moment où des attentats meurtriers endeuillent leurs populations.


Les vérifications d’identités aux frontières sont plus souvent une source de revenus pour les agents des différentes administrations que des opérations de contrôle sécuritaires. Les nombreuses failles dans l’établissement des pièces d’état civil et d’autres documents officiels limitent l’efficacité des services de police. A un autre niveau, plus dangereux et pervers, les flux financiers illicites et les trafics de drogue prospèrent et s’amplifient en bénéficiant de la généralisation de l’économie informelle dans de nombreux états.


Un autre aspect, longtemps méconnu ou pudiquement tu, est désormais admis publiquement. Certains radicaux aident financièrement leurs parents restés au village grâce à des envois financiers à partir des pays où ils opèrent. En quelque sorte des mandats, comme ceux qu’envoient, à leurs familles, des travailleurs  émigrés ordinaires. Ceci est particulièrement le cas de nombreux radicaux opérant au Moyen Orient  et non fichés par les polices nationales ou internationales. Cette évolution de la violence armée, parfois rétribuée, amène à penser que le Sahel, grand pourvoyeur de jeunes désœuvrés, risque de devenir le prochain espace d’extension, de radicalisation et d’opérations des extrémistes.


La persistance, voire l’institutionnalisation de l’exclusion politique de groupes ethniques, religieux ou géographiques par leurs propres dirigeants demeure la principale cause de recrutement des radicaux. La persistance de de la corruption officielle, qui rend les économies nationales du Sahel à la fois informelles et otages des groupes dirigeants, fortifie et accélère cette régression.


Une croissance démographique soutenue, aggravée par une urbanisation rapide, tonifie l’extrémisme violent en lui fournissant une base humaine large et anonyme. L’émigration vers l’Europe, après un long répit lié à l’efficacité de Frontex  sur ‘’la route de l’ouest’’, celle qui passe par les iles Canaries, reprendra plus fort. De nombreux radicaux s'y infiltreront afin d’échapper à la détection policière.


Naturellement, il faut éviter la confusion entre migrants, demandeurs d’asiles et terroristes infiltrés car elle ne peut régler le problème. Elle minore surtout le rôle des  mafias dans ces migrations.


La réalité est cependant que les politiques de contrôle des migrations vers l’Europe ont sans doute atteint les limites de leur efficacité.

 

Dans ce contexte, les vagues de réfugiés syriens vers l’Europe, par leur dimension planétaire, ont ému en Occident et au-delà. Ailleurs, elles ont ragaillardi  tous les candidats à la rupture avec leur pays de naissance. Plus particulièrement ceux du Sahel Sahara victimes d’exclusion et de violences morales à huis clos. Un plus important Exodus, venant cette fois ci massivement d’Afrique subsaharienne, est déjà en marche. Il l’est au moins dans la tête d’une jeunesse frustrée et mécontente de la poursuite de crises politiques non maitrisées par leurs élites soit incapables soit se croyant non concernées.

Mise à jour le Samedi, 26 Septembre 2015 17:33
 

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