Qui arrêtera le flux des migrants africains ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par André Marie Pouya Journaliste   
Samedi, 26 Août 2017 11:52

Aveu d’échec implicite ou panique face au flux inépuisable de migrants ? La nouvelle politique migratoire du président français, Emmanuel Macron, laisse penser aux deux formes de désarroi.

 

 



 

L’Union européenne se disait satisfaite de sa politique d’arrêt de l’immigration par le seul Niger. L’appel du pied du président français aux « pays situés au Sud de la Libye » semble indiquer que le mandat de gendarme, conféré au Niger, en 2015, était trop lourd à porter par cette seule contrée sahélienne. Le Soudan, au Sud-est, et le Tchad, au Sud, tous deux de la Libye, devront venir à la rescousse de la politique anti-migratoire de l’Europe implantée en Afrique.


« Le destin de nos jeunes est-il au fond des eaux de la Méditerranée ? » Cette question pathétique est extraite du message que le roi du Maroc, Mohamed VI, a adressé au XXIXème Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Africaine (UA), qui s’est tenu, début juillet 2017, à Addis-Abeba, en Éthiopie. À son tour, et de façon tout aussi implicite, le souverain chérifien reconnaît, ainsi, la défaite, provisoire ou définitive, de l’entreprise européenne de lutte contre la migration de « jeunes » Africains. Vengeance outre-tombe du colonel Mouammar Khadafi, qui brandissait, volontiers, cette menace d’invasion de l’Europe par des Africains en haillons ? L’effondrement du régime libyen, en 2011, a fait céder les digues qui contenaient, déjà difficilement, les vagues successives des migrants.


Si l’échec est européen et, en partie, africain, c’est de la France que provient la nervosité la plus perceptible. C’est d’abord son ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, qui émet le vœu de « distinguer le droit d’asile des autres motifs de migration » en France. C’était un mois après la fin du sommet de l’Union Africaine. Prétendant se fonder sur des sondages, l’ancien maire de la ville de Lyon affirme que ses compatriotes français font montre d’une réticence de plus en plus grande à l’égard de l’accueil des migrants. Comme pour lui faire écho, la même semaine de début août, des militantes anti-immigrations français, allemands et italiens, membres d’un groupuscule d’extrême droite dénommé « Génération identitaire », affrètent un bateau de quarante mètres en Méditerranée pour repousser les embarcations de migrants. Approchant les côtes libyennes, ces croisés des temps modernes voguent vers le Sud de la Tunisie, où les attendent des pêcheurs, décidés à empêcher ces « racistes » d’accoster.


L’Enrôlement du Soudan et du Tchad


Emmanuel Macron, quant à lui, affirme qu’entre 800 000 et 1 million de candidats migrants sont en attente en Libye, espérant pouvoir franchir la Méditerranée, afin de se réfugier en Europe. D’où l’idée de ressusciter une proposition, maintes fois caressée et non matérialisée, à ce jour : ouvrir des centres d’enregistrement ou hot spots en anglais, en Libye même.


Dès là-bas, on séparerait le bon grain, renfermant des personnes pouvant prétendre au statut de réfugiés, de l’ivraie, composée en majorité de migrants économiques. Sauf que ce pays, frappé de chaos et d’anarchie, depuis six ans, ne peut, dans l’immédiat, revêtir le manteau d’un tel amortisseur de migration ! Le Tchad et le Soudan seront donc sollicités. L’appel, ou l’appel d’offres, est lancé. Le Niger apprendra son échec, dans le domaine de la rétention de migrants, de cette façon. Mais les deux nouveaux candidats obligés accueilleront-ils cette marée humaine incessante ? S’ils acceptent de faire ‘’le travail’’, combien de temps le contrat durera-t-il ?


Le sacrifice sera consenti, pour deux ou trois ans, jusqu’à ce que les nouveaux gendarmes anti-migration reconnaissent eux aussi leurs limites, ou expriment leur peur d’une implosion. Où seront alors recasés les recalés, à la fois, du Niger, du Soudan et du Tchad ?


S’il est prouvé que le Niger a échoué, l’Union européenne l’y aura aidé. Les projets que l’UE a conçus, afin de reconvertir les acteurs de la migration de la région d’Agadez, par exemple, les candidats à la migration sont toujours, entre autres, dans les phases :


- « des diagnostics rapides de la situation ;


- des statistiques des effectifs des acteurs de la migration ;


- du choix des bénéficiaires et des activités à financer, pour plus d’équité et de transparence ».


Ces projets, annoncés en grande pompe, depuis une dizaine de mois, risquent de ressembler, de plus en plus, à un traquenard, tendu aux anciens (et futurs ?) passeurs de migrants, au chômage depuis une année ! Un miroir aux alouettes de 108 000 000 d’Euros, planté dans le désert de l’Aïr ! On ne saurait mieux encourager une reprise de cette « activité », qui constituait, pendant longtemps, et il y a peu encore, une richesse régionale …


Dès le mois de mars dernier, le présent site, www.c4s.org, signalait que ces contrôles, rétentions et « projets » n’étaient, à terme, nullement, une politique viable.


Quelle serait alors la solution ? Cesser d’attribuer toutes nos difficultés uniquement aux seules ingérences étrangères et, encore une fois, une meiileure gouvernance, qui créerait plus de richesses dans les pays du Sahel, instituerait davantage de justice sociale et redonnerait espoir à ces candidats à la mort qui s’ignorent, peut-être.

Mise à jour le Samedi, 26 Août 2017 12:06
 

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