Communiqué N. 005 du 05/01/2012 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Ahmedou Ould Abdallah   
Jeudi, 05 Janvier 2012 12:10

 

 

Communiqué N. 005 du 05/01/2012

Aqmi, Boko Haram et la Jemaat : multiplication ou consolidation ?

 

 

 


 

1. L’année qui s’achève a été marquante dans la région couverte par les activités du Centre des Stratégies pour la Sécurité du Sahel Sahara (Centre 4S). Il ne s’agit pas de faire un bilan exhaustif des douze derniers mois dans la zone du Sahel Sahara mais plutôt d’attirer l’attention sur les chances et les vulnérabilités auxquelles devront faire face en 2012, les populations, les états ainsi que leurs partenaires extérieurs.

2. Sur le plan politique, la région a enregistré des avancés positives avec des élections pacifiques et aux résultats non contestés en particulier au Benin, Cameroun, Cap Vert, Maroc, Niger, Tunisie, etc. Naturellement, la démocratie constitue la meilleure protection des minorités politiques, religieuse ou ethniques. Grâce sans doute à la maturité et au niveau de ses élites, la Tunisie a offert à tous, y compris aux démocraties avancées, une gestion exemplaire de transition politique et de passation de pouvoirs. Au Niger, il convient de saluer le rôle modèle de la juge Madame Fatimata Salifou Bazeye présidente de la Cour Constitutionnelle dont le courage et la détermination ont réussi à galvaniser les efforts en faveur de la démocratie dans son pays.

3. Pour le moment, le Sahel Sahara tient bon face à la situation encore très fragile en Libye et aux mauvaises conditions climatiques de l’hivernage 2011. En dépit d’une sécheresse déjà officiellement déclarée, les économies nationales profitent toujours des retombées des investissements en infrastructures et dans le domaine minier en provenance des pays émergents et en particulier de la Chine. Jusqu’à présent, ces investissements ont permis de limiter les chocs liés à la crise des économies occidentales sur les pays du Sahel. De plus, le retour attendu de la Cote d’Ivoire comme moteur économique de l’Afrique de l’ouest ouvre de bonnes perspectives pour toute la région.

4. A coté de ces opportunités et vulnérabilités, les risques d’instabilité se multiplient et ne peuvent être négligés. Comme l’a noté le président américain Barack Obama «des institutions fortes sont plus essentielles que des dirigeants forts ». L’exemple du printemps arabe doit rappeler que rien n’est acquis et que les dirigeants feraient mieux d’être modestes dans leurs comportements, de rester à l’écoute des peuples et de décourager le pillage des ressources nationales. La corruption endémique est l’une des principales causes de l’instabilité et de l’insécurité dans la zone et l’un des plus grands obstacles à la justice sociale. Par ailleurs, une plus grande professionnalisation des forces de sécurité aidera à minimiser les possibilités de connivences entre celles ci et les mafias qui opèrent au grand jour dans la région.

5. Une autre vulnérabilité de la région est liée à la criminalisation rampante des économies qui menace la base des structures étatiques en particulier celles chargées de la sécurité et du système judiciaire. Les trafics divers, drogues, personnes humaines, cigarettes, prise d’otages et piraterie, prospèrent sur le terreau de la corruption et vice versa. Les groupes terroristes se renforcent dans la région également comme conséquence du déficit dans la coopération régionale et sans doute aussi du fait de la volonté des institutions nationales de sécurité de conserver les budgets et les marchés de la sécurité. De plus, certains tenants du statu quo politique sont à l’œuvre pour jeter de l’huile sur le feu en particulier sur trois cibles pour eux prioritaires. Leurs objectifs seront atteints si le Niger et le Mali demeurent fragilisés par la présence d’un noyau dur terroriste. Le second objectif est de maintenir la liberté étouffée en Libye par la persistance de l’instabilité et de l’insécurité et de faire de ce pays un lieu d’accueil et d’action des groupes radicaux en provenance du reste du monde. Mais pour les déstabilisateurs, le grand prix serait d’arriver à une dérive, voire l’échec de l’expérience pacifique et démocratique tunisienne.

6. La création en décembre 2011 de la Jemaat Tawhid Wal Jihad Fi Garbi Afriqhiya (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest), sans doute une excroissance d’Aqmi, est à mettre dans cette logique de la multiplication ou fragmentation des groupes radicaux. Ces opérations sont entreprises soit par tactique pour semer la confusion chez les analystes soit pour capter des revenus et des recrues additionnels dans des zones jusqu’ici épargnées. L’activisme récent de Boko Haram est un autre exemple très inquiétant de cette multiplication des groupes terroristes. Depuis 1970, la violence endémique au Nigéria est plus ou moins contenue par les actions d’Abuja et des Etats fédérés. Mais Boko Haram exhibe un visage différent de cette violence classique souvent mêlée à une certaine criminalité politique. Sur sa lancée actuelle, cette organisation menace le Nigeria lui-même et aussi ses voisins à fortes populations musulmanes : Cameroun, Niger et Tchad. De la réponse d’Abuja et de sa crédibilité dépendra sans doute l’évolution de la situation sur le terrain.

7. Face à des peuples de plus en plus impatients et qui veulent le changement, la stabilité viendra avec la mise en œuvre de politiques qui associent les moyens de sécurité et de développement. Les parties actives sur le terrain ne peuvent l’ignorer.

Basé à Nouakchott, le Centre 4S a une vocation régionale puisqu’il couvre une bande allant de la Mauritanie en passant par la Guinée, au sud, et jusqu’au Tchad et au Soudan, à l’est, après avoir longé l’Atlantique et traversé la savane. Ses centres d’études sont la défense et la sécurité de la bande sahélo saharienne, la violence armée et le terrorisme, les rivalités pour le pétrole, le gaz et l’uranium, les migrations irrégulières dans et hors de l’Afrique, la contrebande de cigarettes, la drogue et les trafics humains, etc, l’environnement et les énergies renouvelables. Sa vocation est d’aider la région et ses partenaires internationaux, publics et privés, aussi bien que ceux de la société civile, les universités, les Forums et autres groupes à davantage collaborer pour assurer la sécurité et la prospérité de la bande sahélo sahélienne.

 

Mise à jour le Vendredi, 03 Février 2012 08:18
 

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